« Si on te demande, tu diras que tu ne sais pas »



Les enfants sont les champions des questions. Gênantes, surprenantes, déconcertantes, saugrenues, profondes, elles arrivent souvent alors qu’on a mille choses à faire et qu’on a envie de tout sauf de philosopher sur le bien et le mal, de s’interroger sur la vie après la mort ou d’expliquer pourquoi le monsieur allongé sur le trottoir n’a pas de maison pour dormir. A une époque pas si lointaine, la plupart du temps on les laissait s’interroger tout seul dans leur coin, en feignant de n’avoir rien entendu (d’ailleurs, souvent, on ne les entendait même pas) au mieux on leur répondait qu’ils comprendraient quand ils seraient plus grands.

« Si on te demande, tu diras que tu ne sais pas » (vous avez entendu ça, vous aussi ?)

Heureusement, cette époque est révolue (j’ose en tout cas, l’espérer)

Montessori, Dolto et Filliozat, pour ne citer qu’elles, nous ont expliqué et démontré à quel point il est important, vital, déterminant, de n’éluder aucune question des enfants et de leur répondre avec clarté, authenticité et bienveillance. Comme disait un de mes profs « la seule question bête, c’est celle qu’on n’a pas posée »

A ce jeu des questions-réponses, chaque parent a sa technique. 

Certains vont jouer la carte de l’humour et de la dérision « si mamie a des cheveux blancs, c’est parce qu’elle s’est beaucoup inquiété pour nous », « il fait nuit car le soleil est fatigué et il a besoin de se reposer », d’autres vont minimiser, voire mentir, pour rassurer l’enfant « le monsieur s’est allongé là car il a mal aux jambes, quand il ira mieux, il rentrera chez lui », « papi est parti pour un long voyage et on n’a pas son adresse ». D’autres enfin, vont faire passer des messages liés à leurs croyances (leurs peurs ?) « le monsieur vit dans la rue car il n’a pas bien travaillé à l’école », « quand on meurt, on va au paradis », « cette dame est grosse parce qu’elle a mangé trop de bonbons » etc.

Ok, sur le moment, on est tranquille. Mais les petits cerveaux en ébullition ne se contenteront pas de ces arrangements avec la réalité.

Au mieux, ils inventeront eux-mêmes les réponses, au risque de développer des croyances erronées, au pire, dans des situations plus graves, comme le décès d’un grand-parent par exemple, ils déclareront des symptômes, physiques ou psychologiques, causés par une insécurité, une culpabilisation ou un manque de confiance dans les adultes.

Le plus simple est donc, dans un premier temps, de leur renvoyer la question « Tu en penses quoi, toi ? », puis de rebondir sur leur réponse, avec des mots adaptés à leur âge, et enfin de s’assurer que notre explication leur convient.

Il est aussi important de leur montrer qu’en tant qu’adultes, il y a des choses que l’on sait, que l’on a apprises et qu’on peut leur transmettre, mais qu’il y a aussi certaines choses que l’on ne sait pas. Dans ce cas, quoi de mieux que d’aller chercher ensemble la réponse dans un livre, ou demander à quelqu’un qui saura mieux répondre que nous ? 

En devenant parent, on ne devient pas expert en tout, on n’a pas toutes les réponses et les enfants accordent beaucoup plus de confiance à quelqu’un qui leur dit « je ne sais pas, on va se renseigner ensemble » qu’à quelqu’un qui leur raconte n’importe quoi pour ne pas perdre le statut de l’adulte qui sait tout.

Et on n’oublie pas qu’un enfant qui ment est bien souvent un enfant à qui on a menti.

« La vérité joue un rôle aussi déterminant pour la croissance de la psyché que la nourriture pour la croissance de l’organisme. Une privation de vérité entraîne une détérioration de la personnalité » Bion 

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