« Arrête de courir partout »

Cette phrase, je suis sûre que, comme moi, vous l’entendez régulièrement : à la caisse du supermarché, au restaurant ou dans la rue. Les variantes, « Tiens-toi tranquille », « Sois sage », « Arrête un peu de parler, tu me fatigues », « Viens ici et ne bouge plus », « reste assis » font partie des dizaines d’injonctions que beaucoup d’enfants reçoivent chaque  jour. Vous-même, en tant que parents, les avez peut-être déjà prononcées, et cela ne fait pas de vous un mauvais parent ! Vous êtes juste un être humain, parfois fatigué, ayant besoin de calme, voulant que les autres reconnaissent votre capacité à faire de votre petit un être civilisé qui « se tient bien en société », et surtout vous souhaitez le protéger de tout danger.

J’ai connu ces situations avec mon fils ainé qui était un petit garçon particulièrement vif, qui avait toujours une tonne de questions à poser, de commentaires à faire sur tout ce qu’il voyait et qui ne pouvait pas demeurer immobile plus de deux minutes. Alors, oui je lui ai souvent demandé de rester tranquille, de parler un peu moins et d’arrêter de courir partout.

Et puis Edouard est arrivé. Edouard ne court pas partout, il ne marche même nulle part, même tranquillement, même sagement, non. Edouard est un petit garçon qui ne va pas là où il a décidé d’aller, ses jambes ne lui obéissent pas. A trois ans, lorsque nous l’avons installé dans son premier fauteuil roulant, il a découvert les joies de pouvoir se déplacer à sa guise. A la force de ses bras et au prix d’efforts considérables, il découvrait alors une certaine forme de liberté, presque comme les autres enfants de son âge. 

Et puis petit à petit, il a renoncé à ces déplacements qui lui imposaient de mobiliser tellement d’énergie qu’il finissait ses journées épuisé. 

Aujourd’hui, les jambes d’Edouard, c’est nous. 

Et je rêve de pouvoir lui dire « Arrête de courir partout ».

 Voir un enfant « faire le fou » me remplit toujours de force et de bonheur. Parce qu’un enfant qui court, qui s’agite, qui s’exprime, nous rappelle à tous qu’être en mouvement, c’est être en vie, c’est embrasser l’avenir avec joie, enthousiasme et confiance. C’est prendre sa place, exister, et pour beaucoup d’enfants, c’est aussi la meilleure façon d’enregistrer de nouvelles connaissances. 

Alors je souhaite à tous les enfants qui le peuvent de vivre des bons moments de rigolade, des pirouettes et des gesticulations quotidiennes et des discours qui n’en finissent pas. (Ca marche aussi pour les adultes 🙂

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