« Même pas peur » – Les ancrages

Issue de la programmation neuro-linguistique (PNL) et largement utilisée dans les séances d’hypnose et de coaching, la technique de l’ancrage est redoutablement efficace pour traiter toutes sortes de problèmes (peur, manque de confiance en soi, timidité etc)

Sa mise en place est très simple et amusante. Nul doute que votre enfant sera partant pour cet exercice et tentera même de convertir les copains !

Pour expliquer simplement ce qu’est un ancrage, laissons parler Marcel Proust : 

« Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause ».

Si l’auteur ressent cette plénitude à la dégustation de sa madeleine, c’est parce qu’un ancrage, à un certain moment, a été posé. C’est à dire que le cerveau a inconsciemment relié un événement extérieur, une personne, une odeur, une musique, une saveur, à une émotion, et qu’à chaque fois que l’on se trouvera face à cet événement, l’émotion enregistrée ressurgira. Ce phénomène est naturel et se fait la plupart du temps sans qu’on l’ait décidé, sans même que l’on s’en rende compte. 

La madeleine de Proust illustre un ancrage positif, une émotion qui fait du bien. A contrario, certains ancrages nous ramènent à des émotions négatives, des réactions psychiques ou physiques douloureuses et limitantes. Ainsi, un bon nombre de phobies, d’allergies, de tocs, d’angoisses, sont le résultat d’ancrages posés dans l’enfance et tout au long de la vie. 

La bonne nouvelle, c’est qu’il est tout à fait possible, non seulement de désactiver les ancrages négatifs, mais également d’en poser de nouveaux, positifs, qui nous permettront de retourner immédiatement vers un état émotionnel ressourçant. L’idée est de créer de nouvelles connexions cérébrales. Ainsi, face à une situation anxiogène, il suffira d’activer l’ancrage positif pour retrouver instantanément ses ressources aidantes.

VOTRE ROLE DE COACH :

Aider votre enfant à installer l’ancrage le plus approprié pour lui et à le réactiver aussi souvent que possible pour se l’approprier et l’utiliser en cas de besoin.


L’atelier

ANCRAGES POUR LES PETITS

Cet exercice peut se faire avec ou sans induction hypnotique.

 Personnellement, j’invite toujours l’enfant à entrer dans cet état de relaxation profonde, afin de lui offrir une détente et un lâcher-prise optimums, favorables à l’installation pérenne des ancrages. 

POUR QUI ? :

Tous les enfants à partir de 5-6 ans

OBJECTIFS 

Prendre confiance en soi, se rassurer, vaincre ses peurs, se relaxer, s’endormir facilement…

LES ETAPES 

  • Déterminer l’objectif
  • Choisir un ancrage
  • Préparer la séance
  • Entrer en état hypnotique
  • Poser un ancrage positif
  • Se projeter vers l’avenir
  • Revenir ici et maintenant
  • Tester l’ancre

DUREE 

30 à 40 minutes

  • DETERMINER L’OBJECTIF

Cette étape est indispensable et très importante. En effet, une séance d’hypnose doit répondre à un besoin exprimé par votre enfant. Elle ne sera efficace que si et seulement si il sait où il veut arriver et qu’il arrive à le formuler. Bien sûr, en tant que coach personnel, vous êtes là pour l’aider. Il vous fait part d’une difficulté à l’école (peur de se tromper, crainte de la maîtresse, sentiment de rejet de la part du groupe etc) ? Demandez-lui comment il voudrait se sentir dans cette situation. Plutôt que dire  « Je ne veux plus avoir peur », encouragez-le à reformuler de façon positive : « Comment tu te sentirais si tu n’avais plus peur ? »

L’objectif doit donc être POSITIF : « Je veux me sentir fort  comme un tigre », « Je veux être détendu quand la maîtresse me pose une question »

L’objectif doit aussi être RECONNAISSABLE : « Comment tu sauras que tu es détendu ? », « Ce sera comment quand tu te sentiras fort ? »

  • CHOISIR UN ANCRAGE

L’idée d’un ancrage, c’est d’associer un stimulus externe à une émotion afin de déclencher une réponse inconsciente immédiate. Par exemple, se sentir rassuré dès que l’on serre le poing, heureux à l’écoute d’une certaine chanson, plein d’énergie en regardant une image etc…

Vous l’avez compris, il y a autant d’ancres possibles que d’individus et de situations. 

Les ancrages peuvent être

  • Visuels : une photo, un objet, un visage
  • Auditifs : une chanson, un bruit, une voix, un mot
  • Kinesthésique : une pression sur la main, une caresse
  • Olfactif : un parfum, une odeur
  • Gustatif : une saveur

Voici quelques exemples d’ancrages testés et approuvés :

Les doigts qui collent (coller son pouce et son index)

Le bracelet magique (entourer son poignet avec le pouce et le majeur de la main opposée)

Le pouce caché (appuyer son pouce dans la paume de la main opposée)

Proposez-lui plusieurs ancrages et laissez-le choisir. Plus il se l’appropriera et plus il sera efficace. L’idéal est de laisser parler sa créativité. N’oubliez pas que les enfants apprennent beaucoup mieux en s’amusant et qu’ils ont une imagination débordante. Profitez-en !

L’ancrage doit être discret pour que l’enfant puisse l’activer devant les autres (en classe, dans la cour de récréation, lors d’activités sportives etc).

L’utilisation d’objet est possible, mais je préfère la limiter car, en cas d’oubli, l’enfant pourra se sentir démuni. Il est préférable qu’il ait accès à cette ressource dans n’importe quelle situation et n’importe quel environnement.

Voici comment j’aide l’enfant à choisir son ancrage :

« A un moment de cette séance, je vais te demander de choisir un geste, ou un mot que tu pourras refaire à chaque fois que tu auras besoin de te sentir… (reprendre l’objectif : fort, détendu…). Tu peux par exemple, faire le bracelet magique, ou le pouce caché, ou les doigts qui collent (faire les gestes en même temps). Tu as peut-être une autre idée, un autre geste que tu voudrais inventer ? »

Lorsque l’ancrage est déterminé, demander à l’enfant de le refaire plusieurs fois pour bien le valider.

  • PREPARER LA SEANCE

Pour que votre enfant profite pleinement de cette activité et en retire le maximum de bénéfices, quelques préparatifs s’imposent :

  • Isolez-vous dans un espace sécurisé, de préférence sans bruit, où rien ni personne ne risque de vous déranger (portes fermées, portable en silencieux…)
  • Organisez votre temps : mes séances avec les enfants durent 30 minutes. C’est amplement suffisant, au-delà, l’attention des enfants se disperse et  la séance risque de devenir fastidieuse pour vous deux.
  • Gardez bien en mémoire les règles d’or de l’hypnothérapeute : écoute active, reformulation, position basse, calibration, synchronisation. 
  • Expliquez-lui ce que vous allez faire ensemble : rappelez-lui l’objectif qu’il s’est fixé et indiquez-lui que vous allez l’aider à l’atteindre avec un exercice super facile et agréable. Demandez-lui s’il a des questions et répondez-y avec la plus grande clarté.
  • ENTRER EN ETAT HYPNOTIQUE (INDUCTION)

L’induction, c’est le fait de placer quelqu’un en état hypnotique. Il existe plein de techniques pour y arriver. Dans l’exercice d’ancrage qui nous intéresse aujourd’hui, nous utiliserons une méthode basée sur la respiration, particulièrement efficace, ludique et appréciée des enfants.

Pour découvrir d’autres techniques d’induction, je vous invite à parcourir les différents ateliers d’hypnose que je propose.

Comme je vous l’ai indiqué au début de l’atelier, cet exercice peut se faire sans induction hypnotique. Dans ce cas, vous pouvez ignorer cette étape et passer directement à l’étape suivante.

Voici un exemple d’induction légère que j’utilise avec les enfants. Le but n’est pas de les plonger dans une transe profonde, mais de les aider simplement à se détendre et à lâcher prise.

Après avoir déterminé l’objectif, vous pouvez l’utiliser telle quelle ou bien l’adapter, selon votre créativité ! Parler lentement, d’une voix plutôt basse mais bien audible, en faisant des pauses fréquemment. 

« Tu vas pouvoir t’installer confortablement dans ce fauteuil, tranquillement, comme tu veux, l’important, c’est que tu sois bien. Souvent, on arrive mieux à se détendre quand on a les yeux fermés, mais si tu préfères, tu peux les garder ouverts, ou les fermer plus tard, c’est comme tu veux. Et maintenant, pour te détendre encore plus, je te propose de ne rien faire, juste de continuer à respirer, comme tu le fais, normalement. Oui très bien, comme ça. Et parfois, on est tellement détendu que l’on s’aperçoit qu’on respire un peu moins vite, un peu plus tranquillement, sans avoir rien d’autre à faire que cela. Et on peut même sentir l’air qui entre dans son nez, qui se promène partout à l’intérieur de son corps, comme un petit nuage tout doux et tout blanc, dans la tête, le cou, les épaules, les bras, les mains, les doigts, la poitrine, le ventre, les cuisses, les jambes, les pieds. Et ce petit nuage blanc remonte tranquillement, doucement pour ressortir par le nez avant de s’envoler dans le ciel. Et à chaque fois que l’air entre dans ton nez, tu peux sentir que tu te détends de plus en plus, comme si tu devenais tout léger, comme si ce petit nuage t’aidait à te relaxer encore et encore et encore. Et plus le nuage qui sort de ton nez s’élève haut dans le ciel, plus tu te sens détendu. Voilà c’est très bien ».

A ce stade, votre enfant sera suffisamment détendu pour la suite de l’exercice, il est inutile de chercher à induire une transe plus profonde.

Demandez-lui maintenant si tout va bien pour lui et s’il est d’accord pour continuer.

  • POSER UN ANCRAGE POSITIF

Lorsque votre enfant vous a confirmé que tout est OK pour lui, vous pouvez alors passer à la mise en place de l’ancrage souhaité.

Par exemple, si l’objectif est de se sentir plus fort et sûr de lui quand il doit lire à voix haute devant la classe :

« Maintenant, tu vas pouvoir fabriquer dans ta tête une technique pour te sentir plus fort et sûr de toi quand tu dois lire à voix haute devant la classe. 

On rappelle l’objectif

Tu vas voir, c’est très simple. 

Tu vas aller chercher dans ta tête, dans tes souvenirs, dans les choses que tu as déjà faites, un moment où tu t’es senti très fort, peut-être fort comme un tigre. Un moment où tu as très bien réussi à faire quelque chose, c’était peut-être quelque chose que tu réussissais pour la première fois, ou que les autres faisaient moins bien que toi, quelque chose que tu as été très content dréussir, dont tu as été fier.

Laisser passer quelques secondes

 Est-ce que tu as réussi à trouver ce moment dans ta tête ? 

Recommencer jusqu’à ce que l’enfant vous confirme qu’il a bien en tête cette situation. Si rien ne lui vient, vous pouvez l’orienter : Peut-être un but que tu as marqué au foot, ou un Légo que tu as construit, ou quand tu as réussi un exercice, etc

Lorsque la situation est trouvée et qu’il vous le confirme

Maintenant tu vas penser très fort à ce moment de réussite. Et c’est vraiment bien parce que quand on repense très fort à un moment, c’est comme si il se passait encore, maintenant. Tu peux revoir les gens qui étaient là, l’endroit où ça s’est passé, tu peux entendre les bruits ou les mots que tu as entendus, sentir les odeurs, les parfums qu’il y avait peut-être autour de toi. Est-ce que tu arrives à voir ce moment dans ta tête, un peu comme un film ou un dessin animé ?

Insister sur les détails jusqu’à ce que l’enfant confirme qu’il est bien en train de revivre la scène 

Est-ce que tu veux bien me décrire ce moment, ce que tu vois, ce que tu entends ?

Et ce que ça te fait à l’intérieur de toi ? 

Comment tu te sens ?

Il est très important à ce stade d’insister sur son ressenti, sur ses émotions, et les lui faire verbaliser. L’ancrage ne pourra se faire que si l’enfant arrive à ressentir les émotions positives qu’il a ressenties lors de l’événement antérieur.

Votre travail est donc de l’amener à retourner dans cet état émotionnel, en le questionnant de façon précise sur ce qui s’est passé à l’intérieur de lui à ce moment-là et ce que ça lui a fait dans son corps.

Maintenant que tu te souviens précisément de ce que ça t’a fait de réussir cette chose-là, comme tu t’es senti fier et fort pendant ce moment, est-ce que ça te fait pareil maintenant à l’intérieur de toi ? Comment tu te sens maintenant ? 

Lorsqu’il confirme et que vous pouvez calibrer (voir sur son visage, dans ses gestes, ses mimiques), qu’il est effectivement dans cette émotion positive, vous allez pouvoir poser l’ancrage.

Tu te souviens du geste que tu as choisi au début de la séance ? Tu vas maintenant pouvoir le faire, tout en continuant à penser à ce qui se passe à l’intérieur de toi, à la force que tu as ressentie lorsque tu as réussi à… Voilà, c’est très bien, exactement comme ça. Je vais compter jusqu’à 10 et lorsque je serai à 10, tu pourras arrêter de faire ce geste, (détacher tes doigts ou lâcher ton poignet, desserrer le poing…)

  • SE PROJETER VERS L’AVENIR

Cette étape permet de bien marquer l’ancrage dans l’inconscient.

« Tu vois, maintenant, à chaque fois que tu feras ce geste, tu te sentiras fort et sûr de toi à l’intérieur ». 

  • REVENIR ICI ET MAINTENANT

« Je vais compter jusqu’à 10 pour te laisser le temps de quitter ton souvenir agréable et de te dire, dans ta tête, que tu reviens ici et que tu es prêt à continuer ta journée, à faire les choses que tu as prévu de faire. Quand je serai arrivée à 10, tu ouvriras les yeux (s’ils étaient fermés) et tu seras en super forme ! »

Après le comptage, faire diversion, parler de tout autre chose que de la séance (le chat qui miaule derrière la porte, le soleil dehors, le copain qu’on doit aller voir etc…)

  • TESTER L’ANCRE

Proposer à l’enfant de tester l’ancre en l’invitant à faire son geste et en lui demandant ce qui se passe à l’intérieur pendant qu’il le fait.

La pose d’ancrages est une technique très puissante et efficace. Toutefois, sa pratique demande un certain degré de concentration et il arrive que cela ne fonctionne pas du premier coup. Pas  d’inquiétude, c’est normal. Comme pour tout apprentissage, chacun avance à son rythme. Cette première séance aura de toute façon débloqué un certain nombre de choses et les suivantes n’en seront que plus profitables.

Dernière recommandation : encouragez votre enfant à activer très régulièrement son ancrage (chaque jour, au début). Une ancre qu’on n’active pas finit par disparaître !

            Bonne séance !

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